Dépense et dépendance : la grande fiction française

La surdépense chronique en France s’explique autant par la préférence des citoyens pour la dépense que par l’intérêt des élites à entretenir cette dépendance. Quelques pistes pour sortir de cette fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

Dépense et dépendance : la grande fiction française

La dépense publique est une question de civilisation. Elle donne à voir la relation des citoyens à l’État : quelle est la frontière entre la souveraineté de l’individu et celle de l’autorité publique ? Dans quelle mesure la propriété privée prime-t-elle sur la propriété publique ? Le niveau de dépenses d’un État constitue aussi un signal de sa puissance. Un niveau trop élevé est le symptôme d’une dispersion de ses fonctions et d’une potentielle impuissance à remplir ses missions essentielles. Il est l’autre nom d’un endettement excessif et d’une dépendance trop forte de segments de sa population envers l’État. Il crée un risque d’affaiblissement durable par le surendettement.

L’effondrement d’une civilisation est, sur le plan historique, multicausal. Mais il est bien documenté que l’Empire romain tardif, écrasé par des dépenses excessives, a recouru au débasement monétaire (la réduction de la teneur en métaux précieux des monnaies) et à une pression fiscale devenue insupportable pour les populations. La monarchie française avait, quant à elle, accumulé, à la veille de son effondrement, des dettes considérables : les États généraux furent convoqués pour résoudre cette crise financière. Les choix faits pour se désendetter furent délétères pour le pays : création du papier-monnaie en 1789, générateur d’inflation, puis loi du 30 septembre 1797, qui réduisit autoritairement la rente annuelle des créanciers de l’État de 250 à 80 millions de francs, ruinant les épargnants français. La colère des épargnants favorisa ensuite l’accession au pouvoir du général Bonaparte. Questions de finances publiques et questions de régime sont donc intimement liées.

La surdépense, facteur d’affaiblissement

Pourquoi l’excès de dépense est-il un problème ? Après tout, Keynes, et surtout ses disciples, ont réussi à accréditer auprès de nombreux économistes et journalistes l’idée que la dépense publique était vertueuse. Alors qu’il en préconisait l’usage en cas d’insuffisance de la demande, c’est-à-dire en période de

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