En finir avec l’État stupide
Quand l’État se fait procédurier, il anesthésie ses citoyens et organise leur irresponsabilité. L’IA nous offre une occasion historique de réforme, à condition de choisir la bonne méthode. Et si la machine rendait aux services publics l’humanité qui leur manque ?

Une enfant de onze ans, Lyhanna, disparut le 29 mai 2026 à Fleurance, dans le Gers. On la retrouvera violée et assassinée. Le principal suspect n’était pas un inconnu mais un homme de quarante et un ans, signalé de nombreuses fois, visé par au moins quatre procédures pour viols et agressions sexuelles sur mineures. Une plainte déposée en août 2025 n’avait donné lieu à aucun acte d’enquête, malgré des preuves médicales des faits dénoncés. D’autres avaient été classées sans suite. Beaucoup, localement, savaient que cet homme était dangereux et attendaient que la justice intervienne. L’État n’a pas répondu. Une jeune fille est morte.
L’État a échoué dans la première des missions qui justifient son existence : protéger un enfant contre un danger identifié. On n’imagine pas défaite plus totale, ni plus révélatrice des vices de notre appareil public.
Le débat qui a suivi a d’abord fait le tour des polémiques habituelles : quantum des peines, sévérité des juges, dureté de la loi. Mais tout cela est hors sujet dans ce cas précis. Le scandale est plus brutal : un prédateur identifié de longue date est resté libre parce que l’État n’a pas été capable de faire dialoguer ses propres services. Le pénaliste Pierre-Olivier Sur l’a formulé dans l’émission Pour tout dire sur T18 d’une phrase qui frappe : la mort de Lyhanna est due à un simple problème technique. Police, parquet, juge des enfants, services sociaux, Éducation nationale ne communiquent pas entre eux. Un criminel a pu passer entre les mailles du filet de listes et de procédures pourtant nombreuses. Les deux grandes bases de données de la chaîne pénale, Cassiopée pour la justice et le TAJ pour les antécédents police-gendarmerie, ne sont toujours pas connectées, malgré la pression ancienne de professionnels de justice et d’associations de victimes qui appellent à la création urgente d’un fichier de deuxième génération.
Le rapport spécial de la commission des finances du Sénat sur le PLF 2026 (mission Justice) est à ce titre éloquent. Son rapporteur spécial Antoine Lefèvre rappelle l’utilité décisive d’une telle interconnexion, qui « devrait supprimer plus de 123 000 heures de travail pour l’envoi de 1,2 million de fiches », soulignant ainsi que ce travail n’est toujours pas fait. Insistons à notre tour sur la mauvaise plaisanterie que constitue un tel retard, pour qui connaît un peu l’intelligence artificielle et la facilité de telles intégrations techniques en 2026. Rappelons aussi que derrière les objectifs de productivité que souligne le Sénat, qui sont de l’ordre des moyens, il y a surtout des objectifs de justice, qui sont la fin dernière d’un tel travail de modernisation. Les rapports sur les ratés de cette affaire mettent au jour deux défaillances : des outils périmés d’un côté, des démissions humaines de l’autre. Autant de manifestations de ce qu’on pourrait appeler un État stupide. Stupide au sens de




