Sylvain Fort | CULTURE |

Fragments de Sophocle arrachés à la nuit

Des 123 pièces écrites par Sophocle, nous ne connaissons que sept tragédies. La publication récente aux Belles Lettres des fragments de ses œuvres perdues nous invite à penser vingt-cinq siècles de résistance à l’oubli.

Qu’est-ce que la civilisation ? Une plénitude. C’est ce moment où la civilité dialogue avec la culture, où le progrès ne renie pas la tradition, où le sentiment d’appartenance n’est ni grevé de jalousie ni perclus de peurs. À l’ordre politique répond alors l’harmonie des arts, et la religion même soutient une vie collective qui œuvre à son perfectionnement. Aussi la civilisation est-elle peut-être moins une réalité qu’un rêve : une utopie que nous persistons à convoiter, que nous nourrissons de cent exemples où quelque équilibre idéal fut brièvement atteint, avant d’être inévitablement abattu. La civilisation est un effort.

Désirer cette cité terrestre aussi bonne et belle qu’un corps parfaitement sain, c’est risquer de ne pas accepter que les toxines s’y soient infiltrées ; c’est refuser de voir que la mort, déjà, partout s’y est glissée. Nous croyons savoir que la civilisation est mortelle, mais nous ne voulons pas comprendre que toute civilisation est, d’une certaine manière, irrévocablement promise à la mort : ses ennemis la sapent, d’intimes fissures la travaillent, et sa décadence a commencé au premier jour – dont la date, du reste, ne nous est pas connue.

La mélancolie romantique des ruines n’est rien d’autre que

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !
Civilisation ne vit que par ses abonné(es) : il n’est pas trop tard pour nourrir les combats à leurs côtés !
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter :
Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
Par
Sylvain Fort
Sylvain Fort