Dieu est mort : vive l’État !

L’Église édictait jadis les règles morales que l’État venait ensuite sanctionner, mais l’effondrement progressif de son pouvoir a laissé à l’État le monopole de leur définition et de leur contrôle. Un nouvel ordre qui vient mettre en danger la séparation entre les pouvoirs spirituels et temporels.

Dieu est mort : vive l’État !

Quand on parle de sécularisation (laïcité pour les Français), il s’agit de ce que l’on a appelé en histoire la séparation des glaives, c’est-à-dire la distinction, en termes de décision et d’influence, de la sphère religieuse et de la sphère politique. Ce qui a permis cela en Occident, c’est la transcendance de la religion judéo-chrétienne : Dieu est désormais trop loin pour s’occuper de la sphère terrestre, et Il laisse délibérément les humains à leurs affaires, sans s’en mêler (la chose est claire déjà chez saint Augustin). Ainsi, en Occident, la sphère religieuse s’occupe des rites et de la morale, tandis que le pouvoir politique s’occupe de gouverner et de sanctionner.

La morale est un ensemble cohérent d’obligations imposées à l’individu pour la réalisation du bon ordre social, en fonction de la définition du bien et du mal reconnue par la société. La définition générale du bien (le lien) et du mal (la séparation) est commune à toutes les cultures, mais les préceptes moraux changent dans l’espace et dans le temps, parce qu’ils sont obligatoirement fondés sur la vision anthropologique de la culture en question. Les anciens Romains permettent l’infanticide demandé par le père de l’enfant, parce qu’ils accordent davantage de valeur à l’autorité paternelle qu’à l’enfant. Nos sociétés modernes permettent l’interruption volontaire de grossesse (IVG) parce qu’elles accordent davantage de valeur à la liberté de la femme qu’à l’enfant. Les sociétés judéo-chrétiennes interdisent cette pratique parce qu’elles accordent plus de valeur à la dignité de l’enfant qu’à l’autorité du père ou à la liberté de la mère. Certaines sociétés musulmanes traditionnelles enferment les femmes parce que la valeur essentielle est pour elles la possession de la femme par l’homme et la certitude de la paternité. Une image spécifique de l’être humain et de la société sous-tend chaque morale. La pédophilie fut longtemps couverte par le silence, non qu'on la tînt pour

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