Extension du domaine de l’État
L’État est partout mais ne fait plus grand-chose. Contre ce Léviathan épuisé, la transformation doit se faire par le bas : en rendant aux communes et aux citoyens les libertés que Paris leur a lentement confisquées. Et en recentrant l’État sur ses missions régaliennes.
Méditant à ses altitudes coutumières sur la singularité de la France comme culture et comme nation, Paul Valéry a souvent insisté, de ses Regards sur le monde actuel à Variété, sur la disposition de la pensée française à la logique, à « ordonner » et à « clore ». Mais c’est dans son chef-d’œuvre Monsieur Teste qu’il a le mot le plus saisissant. Parlant de la fonction de Paris dans l’histoire, dans la vie politique et dans celle de l’esprit de notre pays, il écrit : « Les Français ont amassé toutes leurs idées dans une enceinte. Nous y vivons dans notre feu. »
Ce primat du centre est le principe cardinal de l’histoire de notre nation. Il est aussi celui de son actualité, qui est celle d’un déclin. Si nombre de ses maux contemporains sont communs à l’Occident (chute démographique, immigration massive, affaissement de la classe moyenne, défiance démocratique, gauchisme culturel appelé « wokisme »), la France possède en propre un modèle politique et institutionnel épuisé et étouffant qui interdit toute réforme systémique et tout renouveau. Il appauvrit les Français, envenime les relations sociales, paralyse les fonctions régaliennes, entretient des mythes politiques lénifiants.
Nous vivons, en un mot, la phase finale de décomposition de l’« absolutisme inefficace » brillamment mis en lumière jadis par Jean-François Revel. Il convient de l’analyser de manière serrée si l’on veut tenter d’y porter remède. Les présentes pages ne prétendent pas être autre chose qu’une esquisse de ce travail impératif.
Réalité et fatalité de l’État dans notre histoire
Nation forgée sur la très longue durée par son État, la France est l’archétype du pays centralisé. L’« enceinte » de Paul Valéry est un Paris métaphorique, un point géométrique, l’idée fixe d’une unité. La France est l’œuvre essentiellement politique d’une volonté perpétuée à travers les siècles et par-delà les régimes. Son histoire longue-vivante est celle de l’unité contre la diversité, visant à « rassembler le semblable, le séparer du dissemblable ». Cette réalité – cette fatalité, oserait-on dire – entraîne deux conséquences.
D’abord, sur le plan identitaire et culturel, la France telle qu’elle existe est, pour une large part, l’œuvre de son État. Dans l’histoire de notre langue, de notre littérature, de nos arts, on le rencontre presque à chaque pas, presque à toutes les époques. C’est ainsi que dans le monument érudit des Lieux de mémoire élevé jadis par Pierre Nora, on lit en ouverture de la partie consacrée à l’État : « L’État : opérateur de l’identité nationale, instrument de la conscience et foyer de permanence de la nation ». Son affaiblissement,



