Le sabre et la liberté : pourquoi le libéralisme a besoin du bonapartisme
Les Bonaparte, loin d’avoir piétiné la liberté, l’ont servie indirectement ou volontairement. Une leçon que les libéraux d’aujourd’hui, tout comme les bonapartistes, devraient méditer, à l’heure où le pays, « veut le progrès, pas la pagaille », comme le disait de Gaulle.

Que notre revue libérale-conservatrice consacre son premier numéro au « coût d’État », terme dont l’homophonie se passe de commentaire, est une invitation trop tentante pour ne pas prendre le paradoxe à bras-le-corps : il serait, paraît-il, impossible d’être à la fois libéral et bonapartiste. D’un côté, le libéralisme, ses droits, ses procédures, ses grandeurs, ses pudeurs. De l’autre, le bonapartisme, son chef, son glaive, ses plébiscites, son goût de l’ordre, ses censures. Aux uns, la liberté. Aux autres, la force. Le partage est commode. Il est aussi, pour une part décisive, faux.
Tandis qu’une partie des libéraux, par intransigeance doctrinale ou par frilosité mondaine, excommunie volontiers tout ce qui ressemble de près ou de loin à un État fort, la gauche contemporaine range de plus en plus volontiers le libéralisme lui-même parmi les autoritarismes dès lors qu’il cesse d’être inoffensif, comme on le voit dans les procès médiatiques expéditifs instruits contre Milei ou Bukele. Entre ces deux contresens, il devient urgent de rappeler une vérité plus simple : la liberté a besoin d’institutions, les institutions ont besoin d’un pouvoir, et le pouvoir, dans certaines circonstances, doit savoir trancher.
Il faut donc oser soutenir une thèse qui fera sursauter les amateurs de catéchismes bien rangés : le libéralisme et le bonapartisme sont non seulement compatibles, mais il arrive même que le premier ait besoin du second. Non parce que la liberté se confondrait avec l’autorité, ni parce que le césarisme serait un horizon désirable, mais parce qu’il est des moments où la liberté ne peut s’établir durablement sans une énergie politique concentrée, capable de défaire les privilèges, de briser les féodalités, de discipliner les corporatismes et de bâtir l’État qui protège ensuite les individus contre l’arbitraire.
Il ne s’agit naturellement pas ici de transformer le 18 Brumaire ou le 2 décembre en recettes politiques intemporelles, ni de traiter le coup d’État comme une solution miracle qu’il suffirait d’imiter. Les deux Bonaparte ont porté atteinte à des libertés politiques réelles. Ils ont




