Sylvain Catherine | ÉCONOMIE |

Retraites : paiera bien qui naîtra le dernier

Depuis quarante ans, chaque génération négocie ses retraites aux dépens de la suivante. Un seul moyen d’éviter la catastrophe : une remise à plat du système.

Le système de répartition à la française est ainsi conçu qu’il ne protège pas suffisamment la capacité contributive des générations futures. Pour rendre enfin ce système soutenable, il faut instamment réformer le contrat intergénérationnel pour les y inclure. 

Tous les cinq à dix ans, la France rejoue la même pièce. Un gouvernement annonce une réforme des retraites, un mouvement social s'ensuit, le texte est dilué, suspendu ou abandonné, les comptes restent en déséquilibre, et la réforme suivante est déjà programmée pour plus tard. Ce cycle est devenu si familier qu'on a fini par le prendre pour le fonctionnement normal d’un système de retraites. Pourtant, alors que la plupart des pays occidentaux font face au même vieillissement démographique, la France se singularise par la constante renégociation, souvent marginale, de son système par répartition. 

La singularité française n’est pas démographique. Serait-elle le reflet d’une passion gauloise pour la bagarre ? Ma thèse est que ce cycle interminable de conflits sociaux résulte d’une faille institutionnelle. Il naît d'une ambiguïté contractuelle entre les droits revendiqués par les retraités et la capacité contributive des générations suivantes. C'est une ambiguïté qu’une majorité des pays comparables ont levée, à leur manière, en introduisant des mécanismes d'ajustement automatique des paramètres de leurs systèmes, et que la France s'obstine à arbitrer ponctuellement, d’une législature à l’autre, dans l'urgence et la confrontation.

Un bref état des lieux

Commençons par inventorier ce que ce système a effectivement produit. Le premier symptôme, le plus tangible pour les actifs, est la dérive des taux de cotisation. La cohorte de 1950 aura acquitté, sur l'ensemble de sa carrière, environ 22 % de cotisation retraite sur son salaire brut. Pour celle née trente ans plus tard, ce taux atteint déjà 28 % et pourrait continuer d’évoluer. Ces six points de cotisation supplémentaires représentent, pour un salaire moyen, environ 2 500 euros de prélèvements obligatoires de plus chaque année, soit l'équivalent de plus de 100 000 euros sur une carrière complète de quarante-trois

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